Les secrets de la réussite du collège Sévigné à Paris, la pépite du 5e arrondissement
REPORTAGE - Cet établissement laïque ne pratique aucun écrémage pour gonfler ses résultats au brevet ou au bac.
« Monsieur, ça va être compliqué de terminer cette semaine, on a beaucoup de contrôles et on risque de manquer de temps », plaide dans la langue de Shakespeare un élève de 3e vêtu d’un maillot de foot. Face à ses trente élèves et à l’accent impeccable du requérant, Mark Wallace, professeur d’anglais du collège Sévigné, n’hésite pas une seconde : « Écoutez, faites de votre mieux et si vous êtes pris par le temps, vous pourrez me rendre la version définitive de votre essai lundi ».
Le collège Sévigné (340 élèves) ne mise pas sur la coercition. Cet établissement privé sous contrat du 5e arrondissement de Paris a préféré mettre la bienveillance au cœur de sa pédagogie.
« Nous préférons opter pour une forme de libéralité dans l’approche, cela ne signifie pas que l’on ne fait pas de discipline, mais les enseignants privilégient toujours le dialogue », explique Alan Yvon, le directeur de ce collège laïque. Une pédagogie qui s’incarne notamment dans une politique rare pour un établissement de ce niveau : Sévigné ne pratique aucun écrémage pour gonfler ses taux de réussite au bac ou au brevet. Dans cette cité scolaire allant de la petite section de maternelle à la terminale, les élèves ne sont jamais renvoyés pour une insuffisance académique. Pour preuve, en 2025, le taux d’accès de la 6e à la 3e était de 92 %. Un état d’esprit qui n’empêche pas l’établissement de briller par ses résultats académiques. En 2025, ses 93 candidats ont tous obtenu leur brevet en fin de troisième, avec une moyenne aux écrits de 15,7 sur 20. Et 97 % d’entre eux ont obtenu une mention «très bien», dont plus de la moitié avec les félicitations du jury.
Dans ce collège tout en hauteur, construit sur six étages dans une rue tranquille, la direction et les enseignants ont créé une relation de confiance avec les élèves. Lorsque les collégiens ne sont pas en cours, ils n’ont pas l’obligation de se rendre en permanence. Ils peuvent gagner le vaste CDI (Centre de documentation et d’information) du deuxième étage pour faire leurs devoirs. Mais ils peuvent aussi bien choisir de se détendre dans la petite cour de l’immeuble ou de rejoindre le foyer : une salle de loisirs équipée d’un piano et de plusieurs baby-foots.
L’école mise aussi sur les activités culturelles. Théâtres, conférences, visites de musées… À Sévigné, près de 130 sorties sont organisées chaque année, soit plus de sept sorties par an et par classe. «C’est quand même plus ludique et plus marquant d’aller voir Le Cid au Théâtre avant de l’étudier en cours», souligne Loïc, un élève de 3e.
L’autre singularité de cet établissement privé sous contrat est qu’il est laïc. Fondé en 1880, l’établissement est l’un des premiers collèges pour jeunes filles. «Le projet est né de la volonté de familles qui souhaitaient un enseignement de qualité pour leurs filles», explique Jean-Pierre de Georgio, le directeur général. L’École alsacienne avait été créée six ans plus tôt, mais n’accueillait que des garçons
Depuis, l’établissement ne cesse d’innover. Ainsi, en 2015, Sévigné a développé un enseignement bilingue. Désormais, les deux tiers des élèves suivent la moitié de cours en anglais. En plus des cours de littérature anglaise, ils étudient les sciences, l’histoire, l’art plastique et le sport dans la langue de Shakespeare. Et il suffit de les entendre parler pour constater que la plupart d’entre eux la maîtrisent parfaitement. Dans ce collège, les classes non bilingues
ont néanmoins une forte dose d’anglais et pratiquent la langue au minimum six heures par semaine. Par ailleurs, des passerelles leur permettent de rejoindre les sections bilingues si leur niveau leur permet.
Si l’établissement a pu mettre en place, avec autant de facilité, toutes ces ressources pédagogiques, c’est notamment grâce au milieu très favorisé dont sont issus ses élèves. « Nous avons beaucoup d’enfants d’universitaires ou d’expatriés », confirme le directeur du collège. Des jeunes dont les parents sont très investis dans l’éducation de leurs enfants. «Quand je propose à mes élèves d’aller voir une pièce de théâtre, j’ai très souvent quatre ou cinq mains qui se lèvent pour me dire qu’ils l’ont déjà vue en famille», remarque Mme Charfi, professeur de français.
Pour un établissement de ce niveau, les frais de scolarité restent raisonnables, 3700 euros l’année, auxquels les élèves inscrits en section bilingue doivent ajouter 2400 euros. Sévigné propose des bourses aux lycéens. À terme, l’établissement, qui envisage d’accueillir 10% de boursiers en 2028, compte les proposer dans toute la cité scolaire. «Il est normal que le privé prenne sa part et contribue à l’égalité des chances. La diversité est féconde, elle favorisera l’ouverture d’esprit de l’ensemble de nos élèves», insiste Jean-Pierre de Georgio, le directeur de la cité scolaire.
Le Figaro.fr: - https://www.lefigaro.fr/actualite-france/au-college-sevigne-a-paris-la-pepite-du-5e-arrondissement- 20260403
